Documentation
officielle de l’APPEL
Les filtres à dioxines : comment ça fonctionne et
comment on peut les utiliser pour
être meilleur que la norme au moment des deux contrôles annuels.
Dans beaucoup d’incinérateurs récents, la réduction des
émissions de dioxines est effectuée par des filtres à manches, avec une
injection de charbon actif (ou de coke de lignite) dans le flux de fumée à
traiter, en amont du filtre.
Les schémas simplifiés ci-après montrent le principe d’une telle filtration dans ses trois phases de fonctionnement.

Signification des repères :
1. Complément de charbon neuf
2. Flux des fumées à traiter
3. Flux des fumées épurées
4. Silo de charbon actif
mélangé
5. Dispositif d’injection du
charbon
6. Buse d’injection du charbon
7. Vanne de recyclage partiel
8. Rejet du charbon usagé
9. Air comprimé de décolmatage
10.
Collerette support de manche
11.
Plaque tubulaire horizontale
12.
Manche filtrante en textile
13.
Gâteau normal de filtration des dioxines
14.
Amas de charbon usagé (visible sur le 2e schéma)
15.
Nouveau gâteau de filtration en début de formation (visible sur le 3e
schéma)
Explication des schémas : un filtre à manches est composé d’une enveloppe extérieure chaudronnée constituant un volume interne fermé. Ledit volume est séparé en deux parties par une plaque tubulaire horizontale (11) destinée à recevoir les collerettes (10) sur lesquelles les manches (12) sont fixées.
La fumée à traiter est introduite en (2) en dessous
de la plaque tubulaire. Elle doit traverser les manches pour passer dans le
volume supérieur, au dessus de la plaque tubulaire, pour ressortir, épurée,
vers la cheminée, par la sortie (3).
Le charbon actif se présente sous la forme d’un talc
noir très fin, facilement « fluidisable ». Ses grains élémentaires
sont rendus poreux par un traitement thermique approprié de façon à y créer des
pores ayant des affinités de dimensions avec les molécules à filtrer. Il existe
donc des formulations de charbons actifs adaptées aux différentes molécules
que l’on désire retenir. Ce produit est relativement onéreux et les exploitants
ont un intérêt économique à en minimiser la consommation. Ce charbon actif
peut être également appelé « coke de lignite ».
Le schéma ci-dessus montre un gâteau de charbon actif
(13), assez épais, qui s’est formé sur la manche en textile (12). En effet, le
flux de fumée plaque le charbon actif sur la surface de la manche pour y former
un gâteau qui s’y trouve maintenu par la pression dynamique du gaz.
L’efficacité de la capture des dioxines est maximale quant le gâteau est
suffisamment épais pour que les molécules gazeuses « chicanent » au
travers de la couche ainsi formée et rencontrent sur leur parcours un maximum
de grains élémentaires pour y être adsorbées. La limite de l’épaisseur de la
couche est fonction de la perte de charge maximale admissible, pour que les
manches ne se détériorent pas sous l’effet de la pression et que le flux de
fumée ne soit pas trop ralenti.
Il convient donc de « décolmater » le
filtre régulièrement, quand la perte de charge devient trop élevée. D’autre
part il faut également tenir compte de la saturation des grains de charbon
actif par les molécules de dioxine adsorbées.
Cette opération de décolmatage s’explicite en regard
du schéma suivant :

L’automate programmable contrôle les différents paramètres de fonctionnement
du filtre. Il reçoit les informations suivantes :
1.
perte de charge
« amont/aval » du filtre ;
2.
niveau de remplissage
du silo ;
3.
débit de charbon actif
injecté par la buse (5) ;
4.
débit de fumée à
traiter.
Il compare les informations qu’il reçoit par rapport aux consignes qu’il
a en mémoire, lesdites consignes pouvant être ajustées à la discrétion de
l’exploitant.
Les consignes sont au moins les suivantes :
5.
niveaux mini et maxi du
silo (4).
6.
perte de charge
maximale « amont/aval » du filtre.
7.
débit de charbon actif
à injecter.
8.
position de la vanne
trois voies (7).
9.
décolmatage en fonction
ou hors service.
En fonction des consignes données par l’exploitant et des paramètres
contrôlés, l’automate délivre les ordres de commande suivants :
10.
positionnement de la vanne
trois voies (7).
11.
injection d’air de
décolmatage (9).
12.
appoint de charbon neuf
dans le silo (4).
Le décolmatage s’opère par une injection brève d’air comprimé à
l’intérieur de la manche (12) par le dispositif (9) commandé par l’automate
programmable. Après le décolmatage, on voit que la couche de charbon actif qui
constituait le gâteau (13) est tombée au fond du filtre pour former un amas de
charbon usagé (14). La manche se trouve alors sans gâteau de filtration, raison
pour laquelle le filtre se trouve divisé en plusieurs caissons. On peut ainsi
ne décolmater qu’un caisson à la fois, ce qui minimise l’influence du
décolmatage sur l’efficacité de la filtration.
Après un décolmatage, le caisson décolmaté se trouve dans la situation
suivante :

On observe qu’une couche minimale de charbon actif
(15) est en cours de formation. On en déduit que l’efficacité de la filtration
est alors minimale. Même si ce phénomène se trouve minimisé par le fait que
l’on opère sur un seul caisson à la fois, il faut noter que, la perte de charge
étant alors minimale sur ledit caisson, c’est par celui-ci que passeront de
préférence les fumées qui seront alors mal filtrées.
Il faut aussi expliciter la raison de la vanne trois
voies (7) : comme explicité ci-avant, l’efficacité maximale du filtre
correspond à un gâteau de filtration épais. Au surplus, l’efficacité de la
filtration sera d’autant meilleure que le charbon constituant le gâteau sera
moins saturé. Or, grâce à cette vanne trois voies, on voit qu’une partie du
charbon usagé (environ 70% selon les exploitants) est recyclée dans le silo (4)
et qu’une autre partie (environ 30%) est évacuée en (8) pour aller vers le
stockage des REFIOM.
Ce recyclage résulte du fait que le charbon actif
n’est pas saturé dans la totalité de ses grains élémentaires. En effet, d’une
part, les « grains de charbon actif » sont orientés dans une certaine
position par rapport aux flux de fumée et d’autre part, la partie la plus
récente du gâteau de filtration sera nécessairement moins saturée que la plus
ancienne. On peut donc recycler une partie du charbon usagé qui sera réutilisée
en mélange avec du charbon neuf (1). Le brassage du silo et le système de
recyclage, permettent, au plan statistique, d’espérer une nouvelle efficacité
moyenne pour le charbon recyclé.
Il est évident qu’un exploitant, soucieux de bonne
pratique et non pas obnubilé par la rentabilité financière de son exploitation,
peut trouver un bon compromis pour doser avec le plus de précision possible son
recyclage de charbon de façon à toujours respecter la norme, tout en veillant à
la bonne économie de son exploitation.
Mais force est de reconnaître que l’exploitant a
toutes les facilités pour être à la norme et même bien en dessous de celle-ci
le jour du contrôle, quand on tient compte de ce qui suit :
L’exploitant connaît nécessairement la date des
prélèvements de fumées pour les analyses de dioxines obligatoires. En effet il
n’y a que deux contrôles annuels, à compter de 2006. C’est l’exploitant qui
choisit son organisme de prélèvement ainsi que son laboratoire d’analyse car
c’est lui qui les rémunère. Il s’agit donc des relations bien connues entre
client et fournisseur (le client a toujours raison) et il serait suicidaire
pour un fournisseur de ne pas avoir la courtoisie de prévenir le client,
quelques jours avant son intervention, si l’année suivante il veut continuer
son commerce !
La durée d’un prélèvement de fumée est de 6 à 8
heures. Les prélèvements ne sont pas continus et ne représentent même pas le
dix millième du temps annuel de fonctionnement de l’usine.
Le gâteau de charbon actif, normalement constitué sur la manche, est d’autant plus efficace qu’il est plus épais et moins saturé (et encore bien mieux s’il est neuf à 100% !). Quoi de plus facile que de remplir le silo (4) de charbon neuf, de constituer rapidement la couche la plus épaisse tolérable et de condamner le décolmatage durant les prélèvements ?
Il est très facile également de ne brûler, au moment
du contrôle, que des déchets réputés pour ne pas contenir de produits chlorés.
C’est sans doute la raison des triages de fosse à déchets, régulièrement
observés sur certaines usines.
C’est sans doute la raison pour laquelle peu
d’exploitants acceptent la mise en place de dispositifs de contrôle des
dioxines, par accumulation dans des résines (Coper-Diox notamment), attendu que
de tels dispositifs intègrent dans des résines, en continu, durant trois à
quatre semaines, la production de dioxines et que là, l’expérience démontre que
les résultats sont de 3 à 10 fois supérieurs à celui des mesures
ponctuelles !
Conclusion :
Il faut reconnaître que la réglementation concernant
les molécules réputées aujourd’hui les plus dangereuses pour la santé et
l’environnement, à savoir les dioxines, est inexplicablement la plus laxiste. Deux
mesures obligatoires par an à partir de 2006 et des temps de prélèvements qui
ne représentent même pas 1/10 000e du temps annuel de
fonctionnement, permettent de s’interroger sur la représentativité desdites
mesures...
Quand on sait que :
§
certains « scientifiques »
osent affirmer (en se fondant sur ces deux seules mesures annuelles et en
supposant que la norme soit respectée toute l’année) que la production totale
du parc français d’incinérateurs ne sera que de 20 g en 2006 !,
§
lesdites usines d’incinération
peuvent réglementairement fonctionner jusqu’à 60 heures par an, sans aucun
traitement de fumée (en cas d’incidents nécessitant l’arrêt de la combustion,
notamment sur déclenchement du turboalternateur, la fumée est rejetée directement
à l’atmosphère pour sauvegarder les équipements de traitement de fumée, dont
les filtres à manches en aval),
§
les émissions de
dioxines durant cette période de 60 heures peuvent aller jusqu’à 12 500
fois la norme (comme ce fut le cas à Gilly sur Isère),
les 20 grammes en question peuvent donc aller jusqu’à
un maximum de 1875 grammes, on croit rêver !
Quant à la validité des mesures de dioxines
effectuées à la demande de l’exploitant et dans les conditions exposées ci-avant, force est de constater que toutes les facilités sont offertes par la
réglementation et par le principe même de l’installation, pour que tous les
« arrangements » soient possibles.
Précieux conseil pour les inspecteurs des installations
classées : faites poser des scellés sur l’automate programmable et sur la
position de la vanne trois voies, une fois l’usine en fonctionnement normal.
Ensuite, vérifiez que les scellées sont intacts après les prélèvements…
Maurice SARAZIN, vice-président de l’APPEL
Janvier 2006