Documentation officielle de l’APPEL
On désigne sous l’appellation de
« mâchefers d’incinérateurs » les 25 à 30 % poids de résidus cendreux
solides issus de la combustion des déchets ménagers et assimilés. Ce terme,
utilisé par les professionnels de l’incinération, semble pourtant être
inapproprié.
En effet, ce vocable
était réservé à l’origine à la partie agglomérée des cendres des foyers à
charbon. Il s’agissait d’agglomérats souvent corrosifs, résultant de la
combustion de certains charbons ayant des cendres à bas point de fusion. Ces
agglomérats avaient tendance à se coller sur les barreaux des grilles des
foyers à charbon en corrodant l’acier ou la fonte des barreaux. C’est là qu’il
faut, sans doute, trouver l’origine du mot mâchefer, littéralement, « qui
mâche le fer ».
Les mâchefers d’incinérateurs n’ont
rien de commun avec les mâchefers des charbons : ils sont issus de la
combustion, souvent imparfaite, de déchets hétérogènes mélangés, mal caractérisés,
car de composition et d’origine incontrôlées. Il est bon de préciser ici que
les exploitants d’incinérateurs sont responsables du contrôle de la provenance
et de la composition des déchets qu’ils réceptionnent dans leurs usines. Il
s’agit d’un point de réglementation, précisé dans les arrêtés préfectoraux
d’exploitation. Quand on sait qu’un gros incinérateur moderne, qui reçoit
plusieurs centaines de tonnes de déchets par jour, est généralement exploité
par des équipes réduites à deux ou trois personnes, on peut aisément imaginer
la réalité du contrôle en question !
Ils se présentent sous forme d’un magma cendreux
grisâtre, friable et hétérogène, contenant
de nombreux déchets métalliques, des résidus minéraux incombustibles et des
imbrûlés résultant de la combustion imparfaite de certains constituants peu
combustibles ou trop chargés en eau lors de leur introduction dans le four. Ils
contiennent également des résidus toxiques, dont des piles électriques à peine
fondues, des métaux lourds ainsi que d’autres molécules plus dangereuses
encore, comme les dioxines.
Des analyses récentes effectuées sur
les mâchefers de l’incinérateur de Lunel Viel dans l’Hérault, font
apparaître des taux de dioxines de 3,7 nanogrammes par kilogramme de matière
sèche. Autrement dit, il sortirait presque deux fois plus de dioxines par les
mâchefers, que par les gaz de combustion qui sortent à la cheminée ! Pour
le moment, aucune réglementation ne limite la teneur en dioxines des mâchefers
qui, généralement, finissent sous les routes.
Curieusement, la dernière directive européenne
du 4 décembre 2000 et la réglementation française de septembre 2002 qui en a
résultée, sont muettes sur la qualité des mâchefers. Dans les contrats
d’exploitation des incinérateurs, on note également qu’aucune garantie n’est
exigée, ni sur la qualité ni sur la quantité des mâchefers produits, alors que
précisément, le seul mérite éventuellement attribuable à l’incinération, est de
présenter un résidus solide final de 33 % poids de la masse initiale des
déchets à brûler, avec une réduction de volume de 90 %.
Autrement dit, pour le moment, tout le
monde se met la tête dans le sable. Encore une fois, il faudra de graves
atteintes à la santé humaine et à l’environnement pour que les pouvoirs publics
se préoccupent enfin d’interdire l’usage des mâchefers en technique routière ou
en remblai.
Il faut noter que presque tous les incinérateurs
récents sont équipés de fours à grilles. Ces grilles sont dites « modernes
ou de dernière génération ». Ce nouveau type de grille n’est rien d’autre
qu’une amélioration contestable d’une ancienne technique tombée en désuétude, à
cause de la teneur excessive en imbrûlés de ses mâchefers et surtout à cause de
la production considérable de cendres volantes des autres types de fours,
pourtant plus récents.
Ainsi, différents types de fours ont
été essayés : fours rotatifs, oscillants, à lit fluidisé, subdivisés en
lit fluidisé bouillonnant, en lit fluidisé rotatif et en lit fluidisé
circulant. Toutes ces techniques visaient, avec un certain succès d’ailleurs, à
obtenir des mâchefers à faible taux d’imbrûlés. Malheureusement, ces fours
étaient limités en capacité (5 tonnes par heure environ) et assez difficiles à
exploiter. Il s’avérait notamment impossible (ou presque) de les surcharger
transitivement en cas de besoin, par exemple pour rattraper le retard dû à un
arrêt accidentel. De surcroît, certains de ces fours et en particulier ceux à
lit fluidisé, avaient l’inconvénient de produire trop de « cendres volantes ».
Ces cendres volantes résultent des
envolées de particules fines sous l’effet du fort courrant d’air primaire
ascendant, nécessité par la mise en sustentation du lit fluidisé. Ces cendres
volantes sont principalement constituées de métaux particulaires et
considérées, depuis quelques années seulement, comme très toxiques et donc à enfouir
en décharge de classe 1, pour un coût de plus de 2 000 F la tonne (304
Euros). Autrefois les exploitants remettaient ces cendres volantes dans les
mâchefers qui eux, étaient mis en décharge de classe 2, pour un prix dérisoire
d’environ 50 F par tonne.
C’est donc, en partie, l’évolution de
la réglementation qui a provoqué l’abandon de ces techniques de fours, qui
avaient pourtant le mérite de produire des mâchefers à faible taux d’imbrûlés.
De plus, aujourd’hui, les décharges de
classe 2 sont devenues très onéreuses à cause d’une évolution de la
réglementation les concernant (environ 175 à 350 F la tonne, soit 27 à 53
Euros). C’est peut-être la raison pour laquelle le lobby de l’incinération
s’efforce de faire entrer dans les habitudes l’emploi des mâchefers en
techniques routières.
Les fours actuels, presque tous équipés de foyers à
grilles, dites de « dernière génération », sont garantis par les
constructeurs pour avoir un taux d’imbrûlés égal ou inférieur à 5 %. Ce taux
devrait, en principe, interdire la combustion des déchets de soins à risque (dsar) en même temps que les ordures
ménagères. En effet, le décret du 18 août 1983 limite à 3 % maximum le taux
d’imbrûlés pour les fours autorisés à brûler les dsar.
Cette grille, de « dernière génération »,
comporte un artifice qui empêche, en partie, les cendres volantes de se séparer
des mâchefers. Il s’agit d’une orientation horizontale des canaux d’injection
d’air primaire dans les barreaux, ou plutôt les tuiles de la grille, de façon à
ce que les cendres volantes soient majoritairement piégées dans les mâchefers
en restant intégrées à ceux-ci.
Autrement dit, cette innovation technique
est destinée à violer la réglementation, car les cendres volantes sont, en
quelque sorte, mélangées d’office avec les mâchefers et sont justiciables d’une
mise en décharge de classe 2 à faible coût ou, plus gravement encore,
valorisées en sous-couches de routes en même temps que les mâchefers dits
« valorisables », mâchefers qui ne sont pratiquement pas contrôlés !
Il faut dire que les mâchefers réputés valorisables seraient cédés, en sortie
des plates-formes de traitement, à quelques Euros la tonne.
De surcroît, le transport desdits
mâchefers bénéficierait de « subventions » discrètes des pouvoirs
publics. Il semble donc qu’il s’agisse plutôt de « dumping » que
d’une véritable valorisation, attendu
que le prix de revient du traitement du mâchefer serait bien plus élevé
que son prix de reprise. Un prix de revient se situant au-dessus de 25 Euros
par tonne doit être réaliste !
Les mâchefers, en fin de combustion
sur la grille du four, tombent dans un cendrier rempli d’eau qui fait office de
joint hydraulique. Celui-ci empêche les entrées d’air parasites, qui pourraient
compromettre la qualité de la combustion. Les mâchefers encore incandescents se
trouvent ainsi éteints. Un extracteur immergé extrait les mâchefers du fond du
cendrier pour les évacuer dans la fosse à mâchefers via un transporteur à
bande. Ces mâchefers, après égouttage, sont déferraillés et traités sur des
plates-formes de traitement. Sur ces installations, les mâchefers sont
concassés, criblés et leur potentiel polluant est analysé pour vérifier s’ils
sont valorisables.
C’est la circulaire du 9 mai 1994 qui
pose les conditions nécessaires au classement des mâchefers. Pour être valorisable,
un mâchefer doit présenter un taux d’imbrûlé inférieur ou égal à 5 %. Le
contrôle de ce taux d’imbrûlé s’effectue sur un échantillon sec de mâchefer qui
est porté à 500 °C dans un four, durant quatre heures, la perte de masse
déterminant le taux d’imbrûlés. Ceci démontre qu’une partie des déchets, qui se
transforment en mâchefers, n’a pas atteint cette température durant toute sa
traversée du four. Ladite circulaire détermine également le taux de lixiviation
du mâchefer qui, pour un mâchefer réputé valorisable, doit être égal ou
inférieur à 5 %. Seule la fraction lixiviable est analysée, peu importent les
polluants intrinsèques contenus dans le mâchefer.
Toutefois, il ne suffit pas qu’un mâchefer soit
réputé valorisable pour qu’il soit effectivement valorisé. La circulaire prend
soin de définir les caractéristiques des sites d’accueil :
·
ceux-ci doivent être
situés en dehors de zones inondables et éloignés de plus de trente mètres de
tout cours d’eau ;
·
le site doit être
réputé pour être éloigné de tout captage d’eau potable et les plus hautes eaux
connues n’ont jamais dû atteindre un tel lieu ;
·
la couche du revêtement
doit être étanche en dessous de la couche de mâchefer et le revêtement
supérieur de la route projetée doit également être étanche au-dessus, ce qui
élimine certains type de revêtements drainants ;
·
il est recommandé
également de n’utiliser les mâchefers valorisables que pour de grands chantiers
où la surveillance des règles applicables a plus de chances d’être effective ;
·
l’exploitant de
l’incinérateur d’où proviennent des mâchefers effectivement valorisés doit, à
tout moment, être en mesure d’indiquer où les quantités de mâchefers qu’il aura
produites ont été effectivement valorisées.
Bien entendu, cette circulaire, qui
n’a pas force de loi, n’est jamais complètement respectée. C’est seulement
quand des pollutions graves seront détectées que l’État se souciera de cette
regrettable situation !
Il est bon de signaler ici une nouvelle mode qui se
dessine en matière de choix de techniques d’incinération : aux dernières
nouvelles, il semble que le lobby de l’incinération propose à nouveau des
fours à lit fluidisé. Dans ce cas, le traitement des fumées proposé ne comporte
plus d’électrofiltres. Ceux-ci avaient le grave défaut de piéger la majorité
des cendres volantes qui devaient être enfouies dans des décharges de classe 1,
très onéreuses. Le flux de fumées, chargé en poussières et en cendres volantes,
aboutit directement dans un réacteur de lavage semi-humide qui capte lesdites
poussières et cendres volantes.
Comme il est bien connu que les
cendres volantes sont basiques, elle contribuent ainsi à neutraliser l’acidité
des fumées en économisant une bonne partie des réactifs de neutralisation très
coûteux. Le caractère innovant de cette nouvelle technique, s’il semble évident
à priori, n’en reflète pas moins la grande incertitude qui entoure les nouveaux
choix techniques imposés par l’évolution constante de la réglementation.
Cette constatation dénote également la
fausseté du discours des pro-incinérateurs qui, à chaque nouveau projet,
garantissent que la technique mise en œuvre est la plus parfaite qu’il soit.
L’incinérateur de Lunel Viel, mis en exploitation en juin 1999 à grand
renfort de discours pompeux vantant sa perfection, en est le meilleur exemple.
Il met en œuvre un traitement de
fumées humide générant des rejets liquides polluants. Il est doté d’un
électrofiltre. Sa grille de four génère des mâchefers toxiques. Quand on cite
cet incinérateur récent, à l’occasion de la mise en place de nouveaux
incinérateurs, le lobby de l’incinération soutient que l’incinérateur de Lunel Viel
est déjà dépassé et qu’il ne constitue absolument pas une référence sérieuse en
la matière. Ces nouveaux incinérateurs en projet seront aussi vite obsolètes
que celui de Lunel Viel !
L’absence d’une véritable
réglementation sur le devenir des mâchefers est particulièrement préoccupante.
En effet, si les mâchefers étaient considérés comme des déchets industriels,
leur réel caractère polluant obligerait à les enfouir dans des décharges de
classe 1 à plus de 300 Euros par tonne ! Cette circulaire ministérielle du
9 mai 1994 est tout à fait providentielle pour leur éviter ce coût rédhibitoire
qui ferait abandonner bien vite l’incinération.
Par contre, quand
tous les incinérateurs en projet seront réalisés, il n’est pas exclu qu’une
nouvelle réglementation, officielle celle-là, oblige à confiner les mâchefers
dans des liants hydrauliques, ou à les vitrifier ou à les enfouir en décharge
de classe 1.
Ce nouveau coût
complémentaire sera forcément accepté, compte tenu des investissements déjà
réalisés, et qu’il faudra bien les rentabiliser, aux frais du contribuable
comme il se doit !
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